Pour sa première exposition 2026, la galerie Sebastien Bertrand propose un dialogue pictural intergénérationnel entre Francis Picabia (1879 – 1953) et Walter Robinson (1950 – 2025). Les cimaises des deux espaces de la galerie sont consacrées à une dizaine d’oeuvres sur papier de Picabia et une sélection de peintures flamboyantes de Robinson.
Si les deux artistes partagent le même intérêt relatif à l’image populaire en tant que véhicule de projection de désir et d’érotisme, leur pratique n’en demeure pas moins très différente. Picabia avance avec délicatesse et retenue dans ses compositions sur papier alors que Robinson, lui, n’hésite pas à être outrancier et fougueux aussi bien dans les mouvements que dans la force des scènes dépeintes. Les personnages (principalement des femmes) représentées par le français dans les années 40 (pour la plupart des pièces exposées) sont souvent mis en scène de manière cinématographique à la façon de pin-ups dans des poses relativement classiques et parfaitement intégrées dans l’imaginaire collectif car issues pour la plupart d’illustrations de magazines, de cartes postales. Même démarche chez Robinson, plusieurs générations plus tard: il recycle l’idée de la romance idyllique et s’approprie les images produites pour vendre des émotions telles que représentées sur les couvertures de romans paperbacks ou publicités.
Si les traits tracés au crayon sont fins et délicats sur certaines oeuvres papier, d’autres plus graphiques sont dessinés à l’encre et produisent un effet d’instantané et de spontanéité. Les nus évanescents de Picabia de sa période dite « kitsch » sont à la frontière de l’érotisme et de décoration et sont en rupture avec son oeuvre précédente ou il était l’une des figures de proue du mouvement Dada et de l’anti- establishment avec Marcel Duchamp et Man Ray.
Les peinture à l’acrylique de Robinson quant à elles, dégagent une vitalité et une intensité saisissantes avec des palettes de couleur jouant parfois sur les tons chauds avec des rouges, jaunes et orange ou au contraires froids avec des bleus, violets et blancs. Les personnages semblent pris sur le vif et parfois interrompus, d’autres sont abandonnés dans un tourbillon d’émotions palpables sou le regard du spectateur. Sous les coups de pinceaux de l’américain, les femmes et les hommes prennent des postures classiques et témoignent de la force des clichés véhiculés dans notre imaginaire biberonné à cette culture populaire qui nous renvoie une image factice pour ne par dire déformée de la réalité. Sensualité et fantasme donc sont au coeur de cette proposition artistique qui nous montre combien la représentation collective de masse de l’érotisme qui nous est servie n’a pas pris une ride… Mais voilà, cote à cote, les oeuvres de ces deux artistes dialoguent subtilement tout en contrastes: c’est rare et c’est superbe.
A découvrir dès le 16 janvier à la galerie Sébastien Bertrand, Genève.
16, rue Cécile Biéler-Butticaz
1207 Geneve
https://sebastienbertrand.com/

WALTER ROBINSON,
The Eager Ones, 2025
Acrylic on canvas, 50.8 x 40.6 cm

FRANCIS PICABIA
,Nu de dos,
1940
Pencil and charcoal on paper, signed lower left
ft., 29 x 22.cm

WALTER ROBINSON,
Love the Hour,
2022
Acrylic on canvas, 50.8 x 40.6 cm.

FRANCIS PICABIA,
Portrait de femme de trois quart,
c. 1940-42
Pencil and gouache on paper, signed lower left., 26 x 23.5 cm.