Souvent épinglé pour son opacité notoire et son manque de régulation, le marché de l’art questionne autant qu’il intrigue. Dans un milieu ou le délit d’initié semble être la règle plutôt que l’exception, difficile pour les collectionneurs néophytes de comprendre les usages du secteur sans faire appel à des professionnels avertis. Mais qui sont-ils et comment travaillent-ils ? Plongée dans les pratiques de Catherine Duret et Philippe Davet ou sérieux rime avec durabilité et crédibilité.
Catherine Duret, la marchande d’art
Au moment où elle nous reçoit dans son appartement et showroom sur la très chic rive gauche genevoise, la marchande d’art Catherine Duret s’apprête à lancer son site Internet… En tant que professionnelle active sur le marché depuis plus d’une vingtaine d’années, cela en dit long sur la discrétion du métier. La profession, non régulée et mal définie, souffre de l’amateurisme de nombreux marchands et conseillers auto-proclamés dont l’éthique est parfois discutable. « N’importe qui peut se déclarer marchand d’un jour à l’autre, mais il faut faire ses preuves, être sérieux et surtout avoir accès aux œuvres. », commente la marchande. Dans un milieu ou le carnet d’adresses et l’accès à la bonne information sont cruciaux, trier et décrypter représente une grande part de l’activité préliminaire du marchand. « La discrétion est essentielle par rapport aux clients mais aussi sur les œuvres pour les protéger d’une certaine dispersion sur le marché afin qu’elles soient proposées de manière ciblée aux acheteurs potentiels. » Quand une œuvre d’intérêt se présente, un travail de vérification et de recherche est alors nécessaire : histoire, provenance, condition de la pièce, demande de certificat d’authenticité…tout y passe. Si la marchande a fait de belles transactions au cours de sa carrière, elle confie avoir vendu un bronze d’Alberto Giacometti au-delà du million au début de sa carrière !
Selon Catherine Duret, le rôle essentiel du marchand est celui de la sélection, c’est avant tout « apporter son goût, son œil et ses connaissances sur l’œuvre d’un artiste. » Dans son activité, le point de départ, c’est la recherche d’œuvres de qualité et la marchande chevronnée se tourne autant que possible vers les collections privées ou les œuvres ont été conservées de longue date par leurs propriétaires. Elle révèle aussi toute la part d’imprévu de son métier : « Parfois, on trouve des œuvres incroyables par hasard, en allant chez quelqu’un ou l’on ne penserait jamais trouver quelque chose. ». Acheter des œuvres afin de constituer un stock est l’autre aspect de sa pratique de marchande : « c’est une manière d’affirmer ses choix et prendre des positions » dit-elle. Si la discrétion est de mise quand il s’agit du nombre de clients avec qui elle travaille, la marchande genevoise confie faire des acquisitions allant de 20’000.- et 200’000.- CHF pour la plupart de ses opérations. Elle explique également s’engager à trouver un acquéreur pour des œuvres de qualité dont les propriétaires souhaitent se séparer à condition que cela corresponde au prix du marché. C’est sur cette base que vient s’ajouter une commission comprise entre 10 et 15 %. Si elle n’achète pas, elle travaille par consignation c’est-à-dire qu’une œuvre lui est confiée pour la revendre ensuite. Cela dit, elle précise que dans son rôle d’intermédiaire, une négociation s’engage lors de la vente pour concilier les souhaits de deux parties.

Blondeau & Cie, entre ventes privées et conseil haute couture
Chez Blondeau & Cie, le quotidien de Philippe Davet se partage entre l’organisation de ventes privées et le conseil personnalisé pour ses clients. Lorsqu’il est actif pour des collectionneurs qui souhaitent se séparer d’une œuvre, il travaille sur la base de consignations et sa rémunération est à la charge du client vendeur. Par ce biais, il révèle avoir placé des œuvres majeures de Alberto Giacometti, Robert Ryman, Bruce Nauman, Albert Oehlen ou encore Martin Kippenberger.
Toujours à l’affût, en tant que conseiller, Philippe Davet accompagne ses clients dans le processus d’acquisition d’œuvres pour leurs collections : « Je travaille avec des personnes qui souhaitent constituer des collections de qualité institutionnelle. Il est possible de commencer avec un budget entre CHF 500’000 et CHF 1’000’000 par an. » Pour sourcer des pièces d’exception, le conseiller est rigoureux et considère les nombreux interlocuteurs du marché susceptibles de détenir la perle rare : ventes aux enchères, collections privées, galeries ou marchands : “ L’œuvre s’impose par elle-même. Je dois m’effacer pour laisser la place à l’objectivité, mon conseil se trouve dans l’importance historique de l’œuvre” déclare-t-il. Il explique également que se préparer aux grandes ventes aux enchères requiert patience et anticipation : pour les ventes de New York en novembre dernier par exemple, le conseiller n’avait retenu qu’une petite dizaine d’œuvres sur les plus de 1’700 lots proposés par Christie’s, Sotheby’s et Phillips. Ce n’est que dans un deuxième temps que la recherche d’acheteurs potentiels commence. Il faudra encore effectuer un travail d’analyse et de vérification avant de déterminer un prix maximum pour l’œuvre sélectionnée.
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