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ADRIEL VISOTO X GALERIE FABIENNE LEVY

Dancing With Ghosts

La Galerie Fabienne Lévy présente la première exposition personnelle d’Adriel Visoto en Suisse dans ses espaces de Lausanne et Genève. Cet artiste, né en 1987, qui vit et travaille à Sao Paulo, a passé deux mois en résidence artistique à la Fondation Bugnon à Paudex dans le canton de Vaud. Ce sont les œuvres qu’il a créées à cette occasion qui sont  proposées sur murs des deux galeries.

L’accrochage est efficace et minimal dans un souci de simplicité, comme pour aller à l’essentiel. Il y a peu de pièces, et elles sont toutes de petite taille, comme toujours dans la pratique artistique du brésilien. Parfois juste une peinture par mur, comme un concentré de solitude, vient troubler le dépouillement complet des murs blancs de la galerie. Impossible de résister au besoin pressant de se rapprocher pour découvrir les œuvres et rentrer dans leur intimité. C’est ce contact précisément que cherche à établir l’artiste avec le spectateur. Une profonde sincérité se dégage de la simplicité des scènes décrites dans ses œuvres: le superflus n’a pas sa place, le bruit non plus. On hésite entre joie et tristesse quand on se plonge dans les œuvres de Visoto: on est invité à regarder mais déjà, le sentiment diffus d’un manque se fait sentir comme quand on retrouve de vieilles photos d’un album de famille… La marque d’un moment passé qui a disparu mais qui persiste dans la mémoire et dont la trace est conservée dans les images. Cependant, l’éphémère ainsi capté se dissout malgré tout et restent alors les fantômes.

Quand je parle avec lui, c’est son calme et sa concentration qui me frappent le plus. Visoto est assurément un artiste qui questionne sans relâche le sens de sa démarche artistique. Assis aux côtés de Fabienne Levy, dans la galerie de Genève, il semble s’ouvrir un peu… Mais pour comprendre ses préoccupations, ce sont ses œuvres qui prennent la parole.

Double jeu

Cette exposition qui se déploie dans les deux galeries, fait entrer les oeuvres en résonance: bien que séparées, elles ne forment qu’un seul corpus artistique. Les peintures de paysages extérieurs accrochées aux cimaises à Lausanne font écho aux scènes domestiques quotidiennes qui occupent la galerie genevoise. La tension entre l’intérieur et l’extérieur se fait sentir dans les oeuvres de Visoto à travers la palette chromatique chaude et protectrice qu’il emploie pour les univers intérieurs et qui s’oppose aux bleus et verts plus crus des paysages en plein air. Les petites toiles ainsi enveloppées par ces filtres colorés,  ne sont plus seulement des images peintes avec délicatesse mais deviennent la matérialisation de l’univers émotionnel de l’artiste.

Chez Visoto, tout nous rappelle qu’entre le dedans et le dehors, on se plonge dans un état suspensif. C’est cet entre deux, baigné de solitude, que le Brésilien explore avec une finesse patiente mais décidée. Chez lui, la présence immédiatement représentée sous nos yeux, s’évanouit aussitôt…Ses paysages comme ses scènes intérieurs sont évanescentes: a peine perçoit-on les traces d’une présence physique, qu’elle est engloutie par la solitude. «  Il arrive à capter l’universel » me dit Fabienne Levy, les yeux plantés dans l’une des oeuvres. Ce sont cette authenticité et cette simplicité de l’être qui se dégagent des moments capturés furtivement dans les petites peintures de Visoto.

Fl02 08
Partners, 2025
Oil on linen
25 x 20 cm
Fl02 02
vue d’installation, Genève

 

L’obsession du détail

L’artiste invite le spectateur à venir au plus près des oeuvres pour y scruter le moindre détail.  Se qualifiant lui même d’« obsessionnel », Visoto utilise une loupe pour travailler les détails de ses compositions. Minutieux, il travaille ses surfaces avec une subtilité rare et applique de nombreuses couches très fines pour obtenir ce rendu si lisse qui caractérise ses peintures. Du lin brut et épais, il ne reste que la matérialité sur les tranches des oeuvres qui confère alors un côté objet aux peintures de Visoto. L’exposition présente aussi quelques dessins qui eux laissent toute la transparence du papier irradier les oeuvres laissant ainsi un sentiment de fragilité s’installer. Son approche traditionnelle de la peinture et du dessin, il la doit à son intérêt marqué par les grands peintres, notamment les peintres hollandais:  » Je m’intéresse beaucoup aux grands maîtres qui ont commencé à peindre sur des petits formats, comme les peintres hollandais. J’aime réfléchir aux genres picturaux traditionnels et travailler avec cette tradition picturale. J’aime la technique que j’utilise, qui est très traditionnelle, car je travaille avec plusieurs couches. La première couche est un aplat de couleur, puis j’applique une couche d’apprêt sur le lin brut. En général, je fais une vingtaine de couches très fines pour obtenir une surface très lisse. Le lin est très épais. La texture est également importante. Ce n’est pas facile de travailler sur du lin brut pour obtenir ces détails. »

Journal intime

Si il est évident que Visoto, à travers ses petits formats, créé une connexion immédiate avec le spectateur, il apparait aussi dans un deuxième temps qu’il cherche à donner une matérialité à ses souvenirs, à la façon d’une boîte à bijoux, que l’on conserverait précieusement, près de soi. « J’aime toujours avoir des images physiques, et je pense qu’avec la photographie numérique, on perd cette notion. On n’a plus recours aux photographies, et je pense que toutes les photos prises avec son téléphone finissent par disparaître. Elles sont jetables. Pour moi, [ peindre ] c’est  un moyen de créer des souvenirs à partir d’une photo, de la rendre physique, de capturer un moment, une émotion, une situation, un lieu. »  Véritable journal intime de son séjour en Suisse, les peintures et dessins se découvrent en toute confidentialité. Ce qu’il nous livre, ce n’est rien de moins que les émotions qui l’ont traversé et qu’il dépose délicatement dans ses compostions. Il chuchote là ou d’autres crient, il magnifie la quotidienneté dans nos vies et nous laissent avec le sentiment que la solitude qui habite chacune de ces oeuvres, est la seule chose permanente qui subsiste… A découvrir jusqu’au 7 juin prochain dans les deux galeries de Fabienne Lévy à Genève et Lausanne.

Leaisoard Andrielvisoto Copie
Cold Waters, 2025
Oil on linen
30 x 35 cm
Leaisoard Andrielvisoto 4
vue d’installation, Lausanne

www.fabiennelevy.com